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Célébrer le génie français, dans l’art et dans la pensée.

This is the post excerpt.

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La rue Montorgueil de Claude Monet et Claude Debussy second Nocturne “Fêtes“.

Orchestre de Boston sous la direction de Charles Munch: https://www.youtube.com/watch?v=FUXtsmV8LYs

 

Dukas, Symphonie en Ut, poème de Maurice Bouchor

Martinon avec l’Orchestre de l’ORTF. Sublime climax à 7’30” dans le second mouvement qui me fait penser à ce poème de Maurice Bouchor :

APPEL:
« O mes frères lointains des innombrables mondes,
Qui gardez saintement la mémoire des morts
Et, sentant comme nous l’aiguillon du remords,
Scrutez votre âme avec des angoisses profondes ;

L’éther roule entre nous d’infranchissables ondes,
Mais pour la délivrance unissons nos efforts ;
Peut-être entendrons-nous enfin les lents accords
Des sphères de clarté menant leurs chastes rondes.

La divine Harmonie est assoupie encore :
Eveillons-la, nous tous, au chant des harpes d’or !
Asservissons la force et créons la justice.

Dieu fut jusqu’à cette heure un songe du cerveau :
Qu’il revête la vie et lentement grandisse
Dans le libre univers et dans l’homme nouveau. »

ENGLISH TRANSLATION: “Call”

“O my distant brothers from numerous worlds,
Who are religiously keeping the memory of the deads
And, feeling like us the sting of remorse,
Scrutinize your soul with deep anxiety;

The ether is rolling between us insurmountable waves,
But for deliverance, let’s unite our effort;
Perhaps will we finally hear the slow chords
Of the spheres of brightness leading their chaste round.

The divine Harmony is still asleep:
Let’s awake it, all of us, with the song of golden harps!
Let’s subjugate Force and create Justice.

God was until now a dream of the mind:
Let Him adorn Life and slowly grow
In the free universe and in the new Man.”

Liens vers le premier et dernier mouvement de DUKAS:

 

Ce qu’on entend sur la montagne / What One Hears on the Mountain (Victor Hugo, César Franck)

Ce qu’on entend sur la montagne

(César Franck, 1846), le premier poème symphonique de l’histoire de la musique.

Orchestre Philharmonique Royal de Liège, dirigé par Christian Arming.

Ce qu’on entend sur la montagne

(Victo Hugo, Feuilles d’Automne, 1831)

Ô altitudo !

Avez-vous quelquefois, calme et silencieux,
Monté sur la montagne, en présence des cieux ?
Était-ce aux bords du Sund ? aux côtes de Bretagne ?
Aviez-vous l’océan au pied de la montagne ?
Et là, penché sur l’onde et sur l’immensité,
Calme et silencieux, avez-vous écouté ?
Voici ce qu’on entend : – du moins un jour qu’en rêve
Ma pensée abattit son vol sur une grève,
Et, du sommet d’un mont plongeant au gouffre amer,
Vit d’un côté la terre et de l’autre la mer,
J’écoutai, j’entendis et jamais voix pareille
Ne sortit d’une bouche et n’émut une oreille.

Ce fut d’abord un bruit large, immense, confus,
Plus vague que le vent dans les arbres touffus,
Plein d’accords éclatants, de suaves murmures,
Doux comme un chant du soir, fort comme un choc d’armures
Quand la sourde mêlée étreint les escadrons
Et souffle, furieuse, aux bouches des clairons.
C’était une musique ineffable et profonde,
Qui, fluide, oscillait sans cesse autour du monde,
Et dans les vastes cieux, par ses flots rajeunis,
Roulait élargissant ses orbes infinis
Jusqu’au fond où son flux s’allait perdre dans l’ombre
Avec le temps, l’espace et la forme et le nombre.
Comme une autre atmosphère épars et débordé,
L’hymne éternel couvrait tout le globe inondé.
Le monde, enveloppé dans cette symphonie,
Comme il vogue dans l’air, voguait dans l’harmonie.

Et pensif, j’écoutais ces harpes de l’éther,
Perdu dans cette voix comme dans une mer.
Bientôt je distinguai, confuses et voilées,
Deux voix, dans cette voix l’une à l’autre mêlées,
De la terre et des mers s’épanchant jusqu’au ciel,
Qui chantaient à la fois le chant universel ;
Et je les distinguai dans la rumeur profonde,
Comme on voit deux courants qui se croisent sous l’onde.

L’une venait des mers ; chant de gloire ! hymne heureux !
C’était la voix des flots qui se parlaient entre eux ;
L’autre, qui s’élevait de la terre où nous sommes,
Était triste ; c’était le murmure des hommes ;
Et dans ce grand concert, qui chantait jour et nuit,
Chaque onde avait sa voix et chaque homme son bruit.

Or, comme je l’ai dit, l’océan magnifique
Épandait une voix joyeuse et pacifique,
Chantait comme la harpe aux temples de Sion,
Et louait la beauté de la création.
Sa clameur, qu’emportaient la brise et la rafale,
Incessamment vers Dieu montait plus triomphale,
Et chacun de ses flots que Dieu seul peut dompter,
Quand l’autre avait fini, se levait pour chanter.
Comme ce grand lion dont Daniel fut l’hôtel,
L’océan par moments abaissait sa voix haute ;
Et moi je croyais voir, vers le couchant en feu,
Sous sa crinière d’or passer la main de Dieu.

Cependant, à côté de l’auguste fanfare,
L’autre voix, comme un cri de coursier qui s’effare,
Comme le gond rouillé d’une porte d’enfer,
Comme l’archet d’airain sur la lyre de fer,
Grinçait ; et pleurs, et cris, l’injure, l’anathème,
Refus du viatique et refus du baptême,
Et malédiction, et blasphème, et clameur ;
Dans le flot tournoyant de l’humaine rumeur
Passaient, comme le soir on voit dans les vallées
De noirs oiseaux de nuit qui s’en vont par volées.
Qu’était-ce que ce bruit dont mille échos vibraient ?
Hélas ! c’était la terre et l’homme qui pleuraient.

Frère ! de ces deux voix étranges, inouïes,
Sans cesse renaissant, sans cesse évanouies,
Qu’écoute l’Éternel durant l’éternité,
L’une disait : NATURE ! et l’autre : HUMANITÉ !

Alors je méditai ; car mon esprit fidèle,
Hélas ! n’avait jamais déployé plus grande aile ;
Dans mon ombre jamais n’avait lui tant de jour ;
Et je rêvai longtemps, contemplant tour à tour,
Après l’abîme obscur que me cachait la lame,
L’autre abîme sans fond qui s’ouvrait dans mon âme.
Et je me demandai pourquoi l’on est ici,
Quel peut être après tout le but de tout ceci,
Que fait l’âme, lequel vaut mieux d’être ou de vivre,
Et pourquoi le Seigneur, qui seul lit à son livre,
Mêle éternellement dans un fatal hymen
Le chant de la nature au cri du genre humain ?

English Version:

Have you sometimes, calm and silent,
Climbed a mountain in the presence of the heavens?
Was it by the Sound? On the coasts of Brittany?
Did you have the ocean at the feet of the mountains?
And there, looking down on the billows and the immensity,
Calm and silent, did you listen?

This is what one hears: at least one day when, in a dream,
My thought swooped down upon a shore,
And, plunging from the top of a mountain into the bitter gulf,
Saw on one side the earth and on the other the sea.
I listened, I heard, and never such a voice
Emerged from a mouth or moved an ear.

There was first a vast sound, immense, confused,
More indistinct than the wind in the dense trees,
Full of resounding chords, of sweet murmurs,
Gentle as a song of evening, powerful as a clash of armour,
When the muffled mêlée grips the armies
And blows furiously from the bells of bugles.

It was music ineffable and profound,
Which flowed ceaselessly around the world,
And in the vast skies, rejuvenated by its billows,
Rolled, extending its infinite orbs
To the depths, where its flux lost itself in the shadow
With time, space form, and number.

Dispersed and overflowing, like a second atmosphere
The eternal hymn covered the whole flooded globe.
The world, enveloped in this symphony,
As it floats in the air, floated in the harmony.

And I, pensive, listened to these ethereal harps,
Lost in this voice as in a sea.
Soon I perceived two voices, confused and blurred,
Two voices, blended in that one voice,
Pouring forth from the earth and sea to the sky,
Which sang together the universal song;
And I perceived them in the deep rumbling,
As one sees two currents that intermingle beneath the waves.

One came from the seas; a song of glory! A happy hymn!
It was the voice of the waves speaking to each other.
The other, which rose from this earth of ours,
Was sad; it was the murmuring of men;
And in that grand concert, which sang day and night,
Each wave had its voice and each man his sound.

Now, as I have said, the magnificent ocean
Poured forth a joyous, peaceful voice,
Sang like the harp in the temple of Zion,
And lauded the beauty of creation.
Its clamour, borne by the breeze and the gust,
Rose without cease, ever more triumphantly, towards God,
And each of its waves which God alone can tame,
When the previous one had finished, rose to sing.
Like the great lion whose host Daniel was,
The ocean sometimes lowered its loud voice;
And I thought I could see, towards the blazing sunset,
The hand of God passing beneath its golden mane.
Yet, beside the dignified fanfare,
The other voice, like a cry of a frightened steed,
Like the rusty hinge of a door of hell,
Like the bronze bow on the iron lyre,
Screeched; and tears, and cries, insults, anathemas,
Denials of extreme unction and of baptism,
And cursing, and blasphemy, and clamour,
Passed in the whirling flood of human noise,
As in the evening one sees in the valleys
Black birds of night that fly off in flocks.
What was this noise of which a thousand echoes resounded?
Alas! It was the earth and man weeping.

Brother! Of these two strange, tremendous voices,
Ceaselessly reborn, ceaselessly vanishing,
That the Eternal One listens to for eternity,
One said: NATURE! And the other: HUMANITY!

Then I meditated; for my faithful spirit,
Alas, had never soared higher,
Never in my shadow had so much daylight shone,
And I dreamed for a long time, contemplating, in turn,
After the dark abyss hidden from me by the wave,
The other bottomless abyss that opened up in my soul.
And I asked myself why we are here,
What, after all, can be the purpose of all this,
What the soul does, whether it is better to exist or to live,
And why the Lord, who alone can read in his book,
Mingles eternally in a fatal marriage
The song of nature and the cry of human condition?